Vacances : à quoi ça sert vraiment de partir ?
Les bienfaits des vacances durent moins longtemps que des piles Duracell. Alors regardons ensemble la meilleure façon d'en profiter.
Les effets positifs ne durent pas si longtemps
Mauvaise nouvelle : vous n'avez pas tort de sentir l'effet des vacances retomber vite. Une étude de la chercheuse Jessica de Bloom (université Radboud, 2010) a suivi des vacanciers avant, pendant et après leurs congés. Have you met Jessica ?
Résultat : l'indice de bien-être grimpe rapidement dès le début du séjour et atteint son pic au huitième jour. Il s'efface ensuite après environ une semaine de reprise.
Une méta-analyse plus récente, parue dans la revue European Psychologist en 2023 (treize études compilées, publiées entre 2009 et 2020), nuance un peu ce constat : le mieux-être resterait mesurable jusqu'à trois semaines après le retour.
Dans les deux cas, le bénéfice ne tient pas à moyen terme. Ce n'est donc pas une question de volonté.
Le vrai secret, c'est avant de partir
Deuxième constat, plus surprenant. Une étude néerlandaise de 2010 (Jeroen Nawijn et ses collègues, 1530 adultes suivis sur plusieurs mois, publiée dans Applied Research in Quality of Life) a comparé le niveau de bonheur de personnes sur le point de partir en vacances à celui de personnes qui n'allaient pas partir.
Résultat : les futurs vacanciers étaient plus heureux, avant même d'être partis. Une fois rentrés, l'écart avec les non-vacanciers s'efface presque entièrement.
Autrement dit, ce qui nous fait du bien, c'est peut-être moins le fait d'être en vacances que celui de les attendre. (Je vous laisse le choix d’en parler ou non à votre boss.)
Conséquence logique : mieux vaut multiplier les petites pauses dans l'année plutôt que tout miser sur une seule grosse coupure estivale.
Et si vous avez assez de jours de congés, cumuler les deux reste la meilleure option.
Optimiser ses vacances, sans les rater
Sur ce sujet, impossible de ne pas citer Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue clinicien. Son constat : en vacances, on veut souvent "tout faire", multiplier les visites et les activités. C'est ce qu'il appelle l'anxiété de performance.
Au lieu de se reposer, on court sans cesse, et on peut revenir aussi fatigué qu'au départ.
Pour lui, il faudrait au contraire accepter de s'ennuyer un peu, laisser de la place au vide. Ne rien faire n'est pas franchement à la mode, sauf à en faire un contenu à documenter sur les réseaux sociaux, ce qui en annule un peu l'intérêt.
Prêts à essayer de se lâcher un peu la grappe sur cette pression de réussir ses vacances ?
Savez-vous vraiment déconnecter ?
Avant même de parler de réussir ses vacances, la vraie question est de savoir si vous arrivez à couper, ou si vous continuez à travailler en maillot de bain.
Sur ce point, tout le monde n'est pas égal, et le facteur qui change le plus la donne est le statut professionnel : salarié, ou entrepreneur/ indépendant.
Chez les salariés, 64% ne déconnectent pas pendant leurs vacances. Chez les dirigeants et les indépendants, ce chiffre grimpe à 84%.
Cela vous déculpabilise peut-être mais je serais vraiment fière de vous si vous arriviez à être dans les 36% ou les 16% ! Deuxième défi .
Un tour du monde des vacances
Ok et maintenant regardons comment cela se passe ailleurs.
Au Japon, les salariés ont droit à 20 jours de congés légaux, plus 15 jours fériés. Pourtant, ils n'en prennent en moyenne que 8,8 par an, selon une enquête du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales publiée en 2017. En cause : une culture du présentéisme où prendre ses congés peut être mal vu. Avoir le droit de partir ne suffit donc pas s'il existe une pression sociale à ne pas le faire.
La France se situe au quatrième rang mondial en cumulant congés payés et jours fériés (36 jours), derrière le Brésil et la Russie (42 jours chacun), loin devant les États-Unis, qui ne garantissent aucun minimum légal de congés payés au niveau fédéral.
Même en France, 14% des Français ne partent jamais en vacances, et le taux de départ reste très corrélé au revenu : les cadres supérieurs partent deux à trois fois plus souvent que les ouvriers, et six fois plus souvent à l'étranger.
Ce qu'il faut en retenir
Les vacances ne sont donc ni inutiles, ni une baguette magique.
Leur bénéfice réel tient davantage à l'anticipation et à la capacité à réellement déconnecter qu'à leur durée. Plutôt qu'une grosse coupure annuelle suivie d'un retour brutal, mieux vaut penser son année en plusieurs respirations, et soigner sa capacité à décrocher une fois sur place.
Et vous, qu'est-ce qui vous aide vraiment à décrocher pendant vos congés ?
Clémence Partouche-Ceyrac est coach de carrière à Paris. Elle accompagne dirigeants, cadres et indépendants dans leur relation au travail.
Découvrir l'accompagnement coaching individuel